extraits
de presse
- Interview par Merryl Mezath, "Tropikultures. Le magazine des cultures du sud", émission produite pour DRTV à Brazzaville, le 15/12/07

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Interview par J.P. Jacquemin, filmée
à la Foire du Livre de Bruxelles le 4/03/05 - cliquez ici (2'20)
si
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Interview par J.F. Lermusieau, parue
dans la revue Umubano et sur le site www.ufbe.be, 4/03/05
« Deux sangs, une vie », votre roman,
d’où, de quelle impulsion, provient-il ?
J'ai longtemps vécu au Rwanda et, en 1994, au moment du génocide
et des massacres, je me suis engagé dans l'humanitaire pour y
travailler au rétablissement de l'Etat de droit. Le roman est
l'histoire d'un personnage imaginaire dans un pays dévasté
par la souffrance et les pertes humaines. Le personnage est fictif,
les faits et les lieux sont réels. Il m'était impossible
en tant que témoin de cette épouvantable tranche d'histoire
du vingtième siècle, de ne pas assumer mon "devoir
de mémoire".
Quel est votre parcours, étant né
au Rwanda et y ayant vécu plus de 20 ans, et toute votre enfance
? Est-ce cela avoir « deux sangs, une vie » ou faut-il entendre
201 vies ?
Effectivement, j'ai passé ma jeunesse et mon adolescence
au Rwanda. Après cela, j'ai décroché une licence
en sciences po - relations internationales à Bruxelles. Puis
j'ai participé à la création d'une ONG centrée
sur la liberté d'expression (ASSEPAC). Et de là j'ai enchaîné
les contrats dans le secteur des droits humains et de la démocratisation.
Pour ma part, je n'ai qu'un sang, blanc, dans les veines mais je ne
nie pas un certain métissage culturel ! Dans mon livre, "une
vie", c'est la vie d'un peuple, le peuple rwandais. "Deux
Sangs, une vie" parle d'une déchirure dans un pays où
la violence s'est si rapidement propagée que nous n'avions plus
que les chiffres pour établir les bilans. Et les chiffres ne
rendent jamais les souffrances individuelles, les pertes de proches,
les familles décimées, la haine et le déchaînement
des passions.
Qu’a-t-on oublié que vous ayez voulu
nous rappeler des massacres au Rwanda il y a 10 ans, en-dehors de toute
commémoration un peu facile, ou sommaire ?
Précisément les humains, les individus, les familles
qui ont été coupées, privées de leurs membres
et qui laissent des amputés, au propre comme au figuré,
pour des générations. Le "plus jamais ça",
quelle que soit l'époque ou le pays, doit toujours être
clamé haut et longtemps pour éviter - un voeu pieux ?
- que de telles atrocités ailleurs se (re)produisent...
Si vous y êtes retourné récemment,
qu’est-ce qui a changé au Rwanda, si il y a changement
? Vit-on encore là-bas dans le sillage, dans l’écho
des massacres ?
Votre terme "sillage" me rappelle le "sillon"
de la Marseillaise qu'un sang impur est censé remplir... Ici,
sans rappeler la "pureté de sang" invoquée en
1994, je pense que les sillons sont remplis d'un sang qui n'a pas encore
séché... Plusieurs décennies seront nécessaires
pour que le travail de deuil s'effectue dans le coeur des Rwandais.
La mémoire, quant à elle, devra toujours demeurer. Dans
les têtes.
Votre personnage, votre « héros »,
est un photographe mulâtre qui ne réussit pas à
prendre la distance du photographe, êtes-vous comme lui ?
Les lecteurs qui me connaissent n'ont cessé de vouloir m'identifier
au personnage. Pour ma part, avant de passer à l'écriture,
j'ai toujours été surpris que des journalistes puissent
arpenter les fronts, les camps de réfugiés et les hôpitaux
en n'assumant que leur fonction, sans porter secours aux autres. Il
s'agit d'une question personnelle. Pour ma part, je n'ai pas pu prendre
distance : la question d'intervenir ne s'est pas posée. Quant
à prendre la plume, je savais dès 1994 que j'écrirais
sur cette période difficile du Rwanda. Il m'a fallu neuf ans
pour "passer à l'acte". Sans doute une prise de distance
dans le temps.
A propos du massacre au Rwanda, vous mettez en
exergue le pouvoir des médias en général (et de
la radio « 1000 collines » en particulier) dans la diffusion
du message de mort, dans la confiance « aveugle » d’une
certaine part de la population en ces messages diffusés qui en
appelaient au massacre ? Pouvez-nous nous en dire plus ? Est-ce explicable
? Et (question idiote) chez nous ?
L'histoire de la liberté d'expression au Rwanda est très
récente. Le pays n'a connu qu'un seul média radiophonique
jusqu'en 1993 : Radio Rwanda, un média contrôlé
par des apparatchiks de la deuxième République, était
plutôt austère et ne diffusait que discours du Président
et informations officielles. Cette année-là, radio Mille
Collines a été créée par des membres de
l'entourage du Président Habyarimana dans un but commercial.
Les animateurs de la radio étaient des commentateurs de football
issus des quartiers populaires de Kigali. Ceci est probablement la première
recette de popularité de la radio. Le second fait marquant est
la radicalisation de cette radio à la fin de l'année lorsque
le Président hutu du Burundi a été massacré.
A partir de ce moment-là, la radio s'est engagée dans
la "politique" du régime et, particulièrement,
a mis en oeuvre une propagande de terreur et de haine avec pour point
culminant des appels au massacre. De larges franges de la population
rwandaise ont respecté les "ordres" de radio Mille
Collines qui, comme la radio officielle, était le porte-parole
du Président.
Il est important également de garder les événements
dans leur contexte, dans le chaos d'une guérilla qui durait depuis
cinq ans, où une partie de la population était progressivement
armée par des milices entraînées à tuer et
à encadrer les civils pour mener des pogroms contre les Tutsis
et leurs alliés. Comme dans toute dictature, la (les) radio(s)
disai(en)t La Vérité et il était aisé de
pousser les citoyens au crime car la violence coercitive du régime
(cf. répression d'octobre 1990, massacre des Bagogwe, etc.) ne
leur donnait pas beaucoup le choix. Ceci ne dilue pas les responsabilités
individuelles.
Quant à savoir si de telles choses peuvent se produire dans nos
contrées, je pense que l'Allemagne nazie est très proche
de nous tant sur l'échelle de l'histoire que géographiquement.
Plus récemment, en Europe, nous avons eu à déplorer
un génocide en Bosnie. C'était en 1994, la même
année qu'au Rwanda !
Etes-vous un écrivain engagé, engagé
dans l’humanitaire, un écrivain qui, un jour, va prendre
les armes ( ! ) ?
Je ne sais pas si l'on devient écrivain dès que
l'on a publié un livre comme on devient milliardaire lorsqu'on
a accumulé un milliard ! En tant que militant des droits humains,
certainement, je suis engagé. Il est de notre devoir à
tous de dénoncer les inégalités, l'injustice sociale
ou de quelque ordre que ce soit. Je vous l'ai dit, je ne peux pas prendre
distance par rapport à ces débats ! Peut-être notamment
parce que grandir au Rwanda m'a permis de comprendre les "ficelles"
d'une dictature basée sur la coercition, sur des schémas
de pensée unique. Quant à prendre les armes, je souhaite
n'avoir jamais à le faire ! Rappelons qu'il existe des "soldats
de la paix", magnifique paradoxe de la société humaine.
Alors sait-on jamais ?
Et l’avenir, au Rwanda ?
L'avenir est entre les mains des Rwandais. Ils sont secondés
par divers pays occidentaux en vue de conserver la mémoire du
génocide et des massacres (construction de mémoriaux).
La réconciliation entre toutes les parties ne passera que par
la libération de la parole au cours des sessions des tribunaux
Gacaca - juridictions traditionnelles ranimées en droit écrit
- qui se mettent en place et devront juger des crimes "mineurs"
du génocide (spoliations, vols, etc.). Les victimes doivent entendre
les criminels.... Les hommes se réconcilient dans la parole,
pas dans le non-dit.
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Interview radio
(intégrale - 30') du 29 octobre 2004, par David Peres, RCF
-
La Revue Dialogue,
septembre-octobre 2004




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La Libre Match,
28 octobre 2004

-
La Province,
15 octobre 2004

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Commentaires avant publication
Ce
petit mot pour vous dire que j'ai lu votre manuscrit avec beaucoup d'intérêt.
Il est émouvant, bien rédigé et très personnel.
J'y ai appris plusieurs points que j'ignorais et qui m'aident à
mieux comprendre et percevoir la situation au Rwanda.
J'espère que vous trouverez un éditeur et vous souhaite
bonne chance à cet égard...
Colette BRAECKMAN
(...)
Ecriture directe, claire, très équilibrée et harmonieuse.
Vous ne vous embarrassez pas de superlatifs et cela rend votre récit
d’autant plus vivant et imagé. Quant au sujet et au lieu,
ayant vécu douze ans à Bukavu, m’étant encore
rendue de nombreuses fois au Rwanda, avant et après le génocide,
la dernière en octobre 2002, je peux apprécier la véracité
de ce que vous écrivez, tant pour la région que pour les
personnages mis en scène. Pour peu, fort peu, qu’on puisse
décrypter la mentalité rwandaise, tant la réserve,
jusqu’à, souvent, la dissimulation qui est le propre aussi
bien des hutus que des tutsis, votre approche est exacte. Vous dites
ce qui est, sans parti-pris d’aucune sorte, ce qui est rare, Quant
à la difficulté, comme c’est le cas du héros,
d’assumer en soi deux cultures aussi différentes, je suppose
qu’elle doit être parfois déchirante.
Marie-Madeleine ARNOLD
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