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Rwanda. Deux
Sangs, une vie est
le premier ouvrage de fiction de l'auteur.
Ce récit retrace le chemin de vie d'Eugène, un homme
mi-blanc mi-noir, qui retourne aux sources après le génocide
pour comprendre le Rwanda, ce pays qui l'a vu naître et, partant,
se réconcilier avec son passé... Le personnage du métis
a été choisi pour symboliser sa difficulté de
se situer dans un monde manichéen dont il n'est pas partie
prenante.
Un récit
de fiction, sensible et touchant, toujours surprenant, empreint de
témoignages réels.
Table des
matières
Rwanda 1994 - De Bruxelles - A Kigali - Intsinzi - Karin - Théo
- Epiphanie - Prisca - Le charnier de l’hôpital - Cauchemar
- Boubou - CICR - Rwanda 1999 - Adeline - La sœur d’Ignace
- Esperanza - Kibuye
Dessin
de couverture : Véronique Van den Steen, 2004.
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Extrait
1
« Assis sur le talus qui borde la route nous passons, Narcisse,
mon oncle nouvellement découvert et moi, plus d'une heure devant
le spectacle des agriculteurs rebâtissant le pont à l'aide
de troncs d’eucalyptus fraîchement coupés. Pour que
notre auto puisse passer aujourd’hui.
- Si je veux revenir voir ma mère, ils referont le pont à
chaque fois ?
- Si leur tranquillité est à ce prix, pourquoi pas ? »
Extrait
2
«
A Kigali j’apprends par la radio qu’en prévision
du premier anniversaire du génocide des centaines de corps ont
été exhumés pour être enterrés dans
le respect des individus. L’un des charniers ouverts se situe
sous le trottoir du grand hôpital de Kigali. Je décide
de m’y rendre dès le lendemain.
Les
corps démembrés, les visages émaciés, les
yeux séchés, la peau sur les os, à demi nus, ils
gisent en désordre. Les figures pétrifiées ont
figé la panique, l’angoisse, parfois le soulagement. Les
couleurs des vêtements et des objets qui les ont accompagnés
dans la terre semblent s’être éteintes également.
L’impression visuelle est si forte que l’on oublie l’odeur
âcre qui plane. On dirait que la vie est suspendue. Je suis dans
le coton. Aucune
des images rapportées par les caméras de télévision
n’a pu rendre l’horreur de ces charniers. Les pleurs étouffés
de parents venus tenter de reconnaître un bout de linge ou de
visage, soulevant çà et là les bâches blanches,
sont imperceptibles. Un silence terrible pèse… Je n’entends
plus mes propres pas. De rares papiers d’identité, carnets
ou souvenirs personnels permettent d’identifier des cadavres,
tandis que le soleil, une dernière fois, leur chauffe les os.
Je ne parviens pas à prendre une photo.
Peu
à peu revenu de mon ébahissement, je prends la mesure
du déchaînement des passions qui ont entraîné
ce génocide. Des blessures qui jamais ne se refermeront. L’odeur
de la mort a imprégné mes vêtements, mes cheveux
et m’inspire une révolte sans cri.
Cette
vision d’apocalypse paralyse mon imagination, s’imprime
de façon définitive dans ma tête. Des spectacles
de ce genre ne s’oublient pas.
Un
an après ! Nous sommes en 1995. Le temps est venu de donner aux
‘disparus de l’hôpital’ une sépulture
plus digne que cette terre de trottoir où les dépouilles
ont été enfouies à la hâte sur plusieurs
niveaux. Malades, personnel médical, blessés, sidéens,
tous y sont passés. Folie. La violence n’a épargné
personne. La seule organisation restée sur le terrain : la Croix-rouge
rwandaise, avec ses volontaires de l’impossible. Plus résignés
que les autres à l’éventualité de mourir
? Peut-être. Mais pour la vie des autres. Pour soulager les autres.
Le
bilan d’un génocide s’évalue en nombre de
morts. Jamais la somme des souffrances endurées ici ni l’intensité
de celles-ci ne peuvent être mesurées. Sinon peut-être
par la rancœur des survivants… »
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